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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Le Fils
de Jean-Pierre et Luc Dardenne
Belgique-France, 2002, 1h43

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Le Fils avec leurs élèves (entre quinze et dix-huit ans environ). Ils contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Le travail de mise en scène dans le Fils

La manière de filmer des Dardenne, ou, plus largement, leur manière de développer le récit, ce que l'on pourrait appeler la «mise en scène», entendue au sens large, peut déconcerter les spectateurs. En effet, dans le Fils comme dans Rosetta le spectateur se trouve très souvent en «manque d'information». Les attentes qui sont créées par le film sont satisfaites plus tardivement que dans les films habituels. C'est particulièrement frappant au début du film: on ne sait pas qui est Francis Thirion, on ne comprend pas ce qui pousse Olivier à l'observer tout en se cachant de lui, etc. Et avant même de pouvoir formuler des hypothèses sur les motivations d'Olivier ou sur la personnalité de Francis, il nous faut identifier les lieux, les actions, reconstruire la temporalité, autant d'éléments qui nous sont bien souvent présentés de manière fragmentée.

Très peu d'explications nous sont données, si bien que l'on ne comprend souvent ce qui se passe qu'après coup. C'est cette manière des réalisateurs, qui fonctionne par rétention d'informations, pourrait-on dire, que nous voudrions aborder ici.

Objectif

  • Identifier et comprendre certains choix de mise en scène

Méthode

  • Interroger ses souvenirs et ses propres réactions face à certains choix de mise en scène

Déroulement

Expliquons aux élèves qu'il y a deux moments charnières dans le Fils: les deux moments où une information essentielle est révélée. Le premier est celui où Magali, l'ex-femme d'Olivier, lui dit «Il a tué notre enfant et toi, tu ». À partir de ce moment, nous, spectateurs, savons donc que Francis est le meurtrier de l'enfant d'Olivier.

Le deuxième correspond à la déclaration d'Olivier vers Francis: «Le garçon que tu as tué, c'était mon fils» Cette phrase transforme la tension qui régnait entre Olivier et Francis: le premier connaissait un élément capital de leur histoire commune, l'autre était ignorant, innocent, pourrait-on dire, et donc à la merci d'Olivier. Lorsqu'il sait, Francis prend la fuite, il a peur brutalement de cet homme dont il cherchait à gagner la confiance.

Si l'on se base sur ce que l'on sait, sur ce que les personnages savent, on peut donc découper le film en trois parties:

  • On ne sait pas qui est Francis Thirion
  • On sait qui est Francis, on sait qui est Olivier, mais Francis, lui, ne sait pas qui est Olivier
  • Tout est révélé.

Organisons la classe en trois groupes. Chacun sera invité à réfléchir sur certains choix de mise en scène, en relation avec une partie du film. Voici les différentes consignes pour les trois groupes:

Le premier groupe

Dans la première partie du film, celle où l'on ne sait pas encore qui est Francis Thirion, on ne comprend pas bien ce qui arrive à Olivier, pourquoi il est si nerveux. On comprend petit à petit qu'il cherche à voir Francis, sans être vu de lui, mais on ne sait pas pourquoi.

La mise en scène accentue ce sentiment de «frustration» par deux procédés.

Le cadrage

Francis nous est en grande partie caché: il y a toujours un morceau de porte, un morceau de mur dans l'angle de la caméra qui nous bouche la vue. Olivier voit (peut-être) Francis mais nous ne le voyons pas.

Essayez de vous souvenir des scènes où l'on ne voit pas Francis alors qu'il est là: qu'est-ce qui nous empêche de le voir?

Quelles réactions, quels sentiments cela a-t-il suscité en vous au moment de la projection?

Le montage

Parfois, l'action est prise en cours, ou un plan se termine avant que l'action ne soit terminée. (Par exemple, quand Olivier est monté sur un vestiaire pour observer par une petite fenêtre: le plan commence au moment où Olivier descend précipitamment de l'armoire parce que quelqu'un vient)

Essayez de vous souvenir des scènes dont on ne voit pas le début ou la fin.

Quelles réactions, quels sentiments cela a-t-il suscité en vous au moment de la projection?

Examinez maintenant la scène où Olivier va chercher Francis à l'atelier de soudure. Francis est dans les vestiaires, Olivier s'approche doucement...

Quels effets cette scène produit-elle? Pensez au temps que dure cette scène et à la place de la caméra. Et quand vous avez enfin vu Francis, qu'avez-vous ressenti?

Le deuxième groupe

Dans la deuxième partie du film, celle où l'on sait qui est Francis Thirion (et où l'on sait aussi qui est Olivier) mais où Francis, lui, ne sait pas qui est Olivier, on ignore ce qu'Olivier va faire, quelles sont ses intentions par rapport à Francis (pardonner? se venger? et comment?).

La difficulté d'interpréter les sentiments et les motivations d'Olivier est accentuée par:

L'absence de musique

Vous avez sans doute remarqué qu'il n'y a pas du tout de musique dans le Fils. Essayez d'imaginer ce que la musique aurait apporté au film. Pour vous aider, essayez de déterminer quels effets la musique produit d'habitude dans les autres films. Essayez ensuite d'imaginer quels effets aurait produit de la musique (quel genre de musique?) sur les scènes citées ci-dessous

Le peu de paroles

Le Fils n'est pas un film très bavard Les personnages ne parlent pas beaucoup.

Essayez d'imaginer ce que ça aurait changé s'il y avait eu plus de dialogue. Notamment dans les scènes citées ci-dessous

Imaginez ces scènes avec de la musique ou avec plus de paroles:

  • Olivier montre à ses élèves comment monter à une échelle en portant un madrier sur l'épaule. Mais Francis n'y arrive pas il se laisse tomber sur les épaules d'Olivier qui était venu l'aider.
  • Olivier se rend secrètement dans le studio de Francis. Il «visite» le studio et se couche sur son lit
  • Olivier propose à Francis de le ramener chez lui. Sur le parking, Magali est là qui attend: elle voit Olivier et Francis et devine que «c'est lui»
  • Olivier et Francis se rendent à la scierie en voiture. Francis, installé sur le siège du passager à l'avant, s'est endormi. Olivier donne un coup de frein brusque qui projette violemment Francis vers l'avant.

Le troisième groupe

La troisième partie du film, où tout est révélé (Francis sait qui est Olivier), est surprenante particulièrement par la coupe finale.

Qu'est-ce que vous avez ressenti au moment de cette coupe?

Essayez d'imaginer une autre manière de terminer ce plan, ou de terminer le film.

Qu'est-ce que vous avez ressenti au moment de cette coupe ?

Essayez d'imaginer une autre manière de terminer ce plan, ou de terminer le film. Qu'est ce que cela aurait changé si, par exemple, le plan avait été coupé quand Olivier et Francis ont fini de protéger les planches avec la bâche? À votre avis, pourquoi les réalisateurs ont-ils coupé à ce moment-là?

Un peu de vocabulaireŠ

Ces quelques indications vous permettront peut-être de mieux comprendre les consignes et de préciser vos commentaires

  • Un plan est une suite continue d'images enregistrées par la caméra au cours d'une même prise. Une scène est souvent constituée de plusieurs plans.
  • Le cadrage, c'est l'action de définir le cadre, c'est-à-dire la part d'espace enregistrée par la caméra et donc ce que l'on verra à l'écran. Cadrer revient donc à positionner la caméra en fonction de ce que l'on désire montrer à l'écran.
  • Le champ est un synonyme de cadre (partie de l'espace capté par la caméra) à la nuance près que le champ désigne plutôt l'espace fictionnel. (Les câbles électriques des éclairages sur le tournage d'une scène doivent toujours être hors-cadre, on ne doit pas les voir. Si on les voyait, l'illusion de la fiction de fonctionnerait plus. Le répondeur téléphonique qu'Olivier écoute en rentrant chez lui est hors champ. On ne le voit pas, mais on pourrait très bien le voir sans que cela pose problème: il fait partie de la fiction.)
  • Le montage, c'est l'art d'agencer les plans les uns après les autres pour développer le récit. C'est au moment du montage du film que l'on décide où l'on coupe le plan filmé.

Laissons les groupes réfléchir à ces questions puis passons à une mise en commun: dans chaque groupe un porte-parole est invité à communiquer à l'ensemble de la classe le résultat de ses réflexions [...].

Vous pouvez également consulter sur ce site un extrait des dossiers pédagogiques que les Grignoux ont réalisé sur d'autres films de Luc et Jean-Pierre Dardenne :
La Promesse (1996), Rosetta (1999), L'Enfant (2005), Le Silence de Lorna (2008), Le Gamin au vélo (2011), Deux jours, une nuit (2014), La Fille inconnue (2016).


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